Artemis II, le retour des astronautes vers la Lune avec un Canadien à bord

Steeve Fortin
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Steeve Fortin - Éditeur
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La mission Artemis II marquera le retour des astronautes vers la Lune, plus de 50 ans après Apollo, avec un Canadien à bord pour une mission habitée clé du programme Artemis.

Plus d’un demi-siècle après la dernière mission Apollo, des astronautes s’apprêtent à quitter de nouveau l’orbite terrestre pour se diriger vers la Lune. La mission Artemis II marquera ce retour attendu, avec la présence d’un astronaute canadien à bord.

Artemis II est la première mission habitée du programme Artemis de la NASA. Prévue au plus tôt à partir du 6 février 2026, elle doit envoyer quatre astronautes autour de la Lune à bord du vaisseau spatial Orion, sans alunissage, avant un retour sur Terre après une mission d’environ dix jours.

Fenêtres de lancement d’Artemis II

Une fenêtre de lancement correspond à une période de temps précise durant laquelle une fusée peut décoller pour atteindre la trajectoire prévue. Dans le cas d’Artemis II, ces fenêtres durent généralement environ deux heures.

Elles sont déterminées par plusieurs facteurs, dont la position de la Terre et de la Lune, la trajectoire choisie vers l’orbite terrestre haute, ainsi que l’alignement nécessaire pour l’injection translunaire. Le moment du décollage doit aussi permettre au vaisseau Orion de respecter des contraintes énergétiques et thermiques, notamment l’exposition au Soleil pour alimenter ses panneaux solaires.

Si un problème technique ou des conditions météorologiques défavorables surviennent, le lancement peut être retardé à l’intérieur de la même fenêtre ou reporté à une date ultérieure. Ce type de report est courant, surtout pour un premier vol habité comme Artemis II.

DateDébut (HE)Date et heure (Temps universel coordonné [UTC])Durée (en minutes)Niveau de luminosité/d’obscurité
Février
2026-02-0621:412026-02-07 2:411203,58 h après le coucher du soleil
2026-02-0722:462026-02-08 3:461204,65 h après le coucher du soleil
2026-02-0823:202026-02-09 4:201205,20 h après le coucher du soleil
2026-02-1000:062026-02-10 5:061205,96 h après le coucher du soleil
2026-02-111:052026-02-11 6:051205,99 h avant le lever du soleil
Mars
2026-03-0620:292026-03-07 1:291202,05 h après le coucher du soleil
2026-03-0720:572026-03-08 1:571202,51 h après le coucher du soleil
2026-03-0822:562026-03-09 2:561203,48 h après le coucher du soleil
2026-03-0923:522026-03-10 3:521204,40 h après le coucher du soleil
2026-03-1100:482026-03-11 4:481155,36 h après le coucher du soleil
Avril
2026-04-0118:242026-04-01 22:241201,28 h avant le coucher du soleil
2026-04-0320:002026-04-04 00:001200,30 h après le coucher du soleil
2026-04-0420:532026-04-05 00:531201,17 h après le coucher du soleil
2026-04-0521:402026-04-06 1:401201,95 h après le coucher du soleil
2026-04-0622:362026-04-07 2:361202,87 h après le coucher du soleil
2026-04-3018:062026-04-30 22:061201,86 h avant le coucher du soleil

Une mission d’essai, mais avec équipage

Contrairement aux missions Apollo, Artemis II n’a pas pour objectif de se poser sur la surface lunaire. Il s’agit d’un vol d’essai habité, conçu pour vérifier que le vaisseau Orion et ses systèmes peuvent soutenir un équipage lors d’un vol dans l’espace profond.

En savoir plus sur la fusée SLS et la capsule Orion

Le Space Launch System, ou SLS, est la fusée qui propulsera la mission Artemis II vers la Lune. Développée par la NASA, elle est conçue pour envoyer des astronautes et du matériel lourd au-delà de l’orbite terrestre basse, ce que peu de lanceurs peuvent accomplir.

Pour Artemis II, le SLS utilise une configuration dite Block 1, composée d’un étage central alimenté à l’hydrogène et à l’oxygène liquides, ainsi que de deux propulseurs d’appoint à poudre. L’ensemble génère une poussée supérieure à celle de la Saturn V du programme Apollo.

Petit clin d’œil à l’histoire spatiale. Le cœur du SLS est propulsé par quatre moteurs RS-25, des moteurs qui ont déjà servi durant le programme de la navette spatiale. Certains de ceux utilisés pour Artemis II ont effectué plusieurs vols dans les années 1990 et 2000, avant d’être remis à niveau pour cette nouvelle génération de missions lunaires.

NASA’s Artemis II Space Launch System (SLS) rocket and Orion spacecraft are seen illuminated by lights at Launch Complex 39B, Saturday, Jan. 17, 2026, at NASA’s Kennedy Space Center in Florida. NASA/Keegan Barber
Photo prise le 17 janvier 2026 sur la plateforme de lancement Complex 39B ( Photo Credit: NASA/Keegan Barber)

Orion, la capsule qui ramène les astronautes sur Terre

La capsule Orion est le vaisseau spatial qui transportera les quatre astronautes d’Artemis II autour de la Lune. Conçue pour les missions habitées dans l’espace profond, elle est capable de soutenir un équipage pendant plusieurs semaines et de résister à une rentrée atmosphérique à très haute vitesse.

Orion est composée d’un module d’équipage pressurisé, où prennent place les astronautes, et d’un module de service qui fournit la propulsion, l’énergie électrique, l’air et l’eau. C’est ce module de service qui permet les manœuvres en orbite terrestre haute, l’injection vers la Lune et le retour vers la Terre.

À la fin de la mission, seule la capsule habitée revient sur Terre. Elle traverse l’atmosphère à plus de 40 000 kilomètres à l’heure avant d’amerrir dans l’océan Pacifique, protégée par un bouclier thermique conçu spécialement pour les missions lunaires.

Spacesuit engineers demonstrate how four crew members would be arranged for launch inside the Orion spacecraft, using a mockup of the vehicle at Johnson Space Center in Houston. Photo credit: NASA/Robert Markowitz
Les astronautes lors d’un entrainement dans la capsule Orion

Photo credit: NASA/Robert Markowitz

Après le lancement depuis le Centre spatial Kennedy, en Floride, Orion sera d’abord placé sur une orbite terrestre haute. Cette phase permettra à l’équipage et aux équipes au sol de tester plusieurs systèmes critiques, dont le support de vie, les communications et certaines manœuvres de pilotage manuel, alors que le vaisseau se trouve encore relativement près de la Terre.

Une fois ces vérifications complétées, Orion sera injecté sur une trajectoire circumlunaire dite de retour libre. La capsule survolera la face cachée de la Lune à plusieurs milliers de kilomètres de la surface, avant d’être naturellement ramenée vers la Terre par la gravité du système Terre-Lune.

La rentrée atmosphérique se conclura par un amerrissage dans l’océan Pacifique, où des équipes de récupération déjà en place prendront en charge l’équipage et le vaisseau.

Une mission suivie de près au Canada

Pour le Canada, Artemis II marque un tournant dans sa participation à l’exploration spatiale habitée. L’équipage est composé de trois astronautes américains et d’un astronaute canadien, Jeremy Hansen, membre de l’Agence spatiale canadienne. Il s’agira de sa première mission spatiale, et du premier vol d’un Canadien au-delà de l’orbite terrestre basse.

Les membres d'équipage d'Artemis II. Au centre à l'avant le commande de la mission Reid Wiseman, à sa gauche Christina Koch, à l'arrière Victor Glover et à droite Jeremy Hansen (Photo Nasa)
Les membres d’équipage d’Artemis II. Au centre à l’avant le commande de la mission Reid Wiseman, à sa gauche Christina Koch, à l’arrière Victor Glover et à droite Jeremy Hansen (Photo Nasa)

Qui est Jeremy Hansen ?

L’astronaute de l’Agence spatiale canadienne Jeremy Hansen fait partie de l’équipage d’Artemis II. Né en 1976 à London, en Ontario, ancien pilote de chasse sur CF-18 et colonel de l’Aviation royale canadienne, il a été sélectionné comme astronaute en 2009.

À bord du vaisseau Orion, Jeremy Hansen occupera le rôle de spécialiste de mission. Il participera aux opérations du vaisseau, à la surveillance et à la validation des systèmes critiques, ainsi qu’aux manœuvres de pilotage manuel prévues durant la mission. Il prendra aussi part aux essais du système de support de vie et aux procédures opérationnelles en orbite terrestre haute et lors du survol lunaire.

Il deviendra ainsi le premier Canadien à voyager jusqu’à la Lune et le premier non-Américain à s’aventurer au-delà de l’orbite terrestre basse.

Cet écusson a été créé pour le colonel Jeremy Hansen, astronaute de l'Agence spatiale canadienne, pour la mission Artemis II d'exploration de la Lune, par l'artiste anichinabé Henry Guimond du Turtle Lodge. Sa forme et les animaux font référence à la tradition des Premières Nations des sept enseignements sacrés, que l'astronaute a été invité à suivre en vue de son voyage autour de Grand-mère Lune. C'est un exemple parmi d'autres des riches enseignements des diverses cultures des peuples autochtones, les premiers explorateurs. (Source : Agence spatiale canadienne.)
Cet écusson a été créé pour le colonel Jeremy Hansen, astronaute de l’Agence spatiale canadienne, pour la mission Artemis II d’exploration de la Lune, par l’artiste anichinabé Henry Guimond du Turtle Lodge.

Sa forme et les animaux font référence à la tradition des Premières Nations des sept enseignements sacrés, que l’astronaute a été invité à suivre en vue de son voyage autour de Grand-mère Lune. C’est un exemple parmi d’autres des riches enseignements des diverses cultures des peuples autochtones, les premiers explorateurs. (Source : Agence spatiale canadienne.)

Les préparatifs sont suivis de près au pays. Selon Radio-Canada, l’Agence spatiale canadienne surveille chaque étape, notamment le déplacement du lanceur Space Launch System et du vaisseau Orion vers la rampe de lancement en Floride. Cette opération, longue et délicate, marque l’entrée dans la phase finale avant le décollage.

La présence d’un astronaute canadien à bord d’Artemis II découle d’une entente conclue avec la NASA, liée à la contribution du Canada au programme Artemis. Celle-ci comprend notamment le développement du bras robotique Canadarm3, destiné à la future station lunaire Gateway.

Une étape nécessaire avant de retourner sur la Lune

Artemis II n’est pas une mission isolée. Les données recueillies serviront directement à préparer Artemis III, qui doit ramener des astronautes sur la surface lunaire plus tard cette décennie. La mission permettra de tester des procédures, des trajectoires et des opérations qui ne peuvent être validées qu’en vol habité.

Pour la NASA comme pour le Canada, Artemis II va bien au-delà d’un simple survol lunaire. La mission doit confirmer que les systèmes, les équipages et les méthodes de travail sont prêts pour franchir la prochaine étape du programme Artemis, celle du retour humain durable vers la Lune.

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