De la désinformation à la déshumanisation

Steeve Fortin
Par
Steeve Fortin - Éditeur
6 minutes de lecture

Bon, ça faisait un bout que je n’avais pas écrit sur la politique américaine, mais après un an de Trump 2.0, difficile de rester en retrait.

Au Minnesota, deux personnes sont mortes, deux citoyens, Renée Good et Alex Pretti, abattus par des agents fédéraux dans une opération d’immigration musclée. ICE, l’agence qu’on ne peut plus qualifier autrement que de bras armé de l’extrême droite, a tiré. Pas par accident, pas par erreur, par choix. Deux fois.

Et pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, des partisans de Trump, y compris ici, au Québec, justifient, excusent et minimisent. Ils appellent ça de l’ordre, moi j’appelle ça ce que c’est : des meurtres d’État.

Gregory Bovino, haut responsable de la Border Patrol, n’a même plus besoin de parler pour qu’on comprenne le message. Sapé comme un officier nazi, posture martiale, regard froid, il incarne à lui seul la dérive assumée du pouvoir. Ce n’est pas un accident de style, c’est une esthétique de la peur. Et dans l’Amérique de Trump 2.0, ce genre de posture n’est pas une erreur, c’est un uniforme idéologique.

Greg Bovino avec un manteau d’officier Nazi…

Il ne s’agit pas d’une infiltration de l’extrême droite dans les forces de l’ordre, ICE est devenue l’extrême droite. Et avec un budget passé de 10 à 170 milliards, cette machine a désormais les moyens de ses dérives.

On a tous un voisin qui, pendant la pandémie, était rébarbatif aux confinements, mais comme à cette époque les réseaux sociaux sont devenus l’un des seuls moyens d’avoir une vie « sociale », les frustrations de plusieurs ont trouvé écho à travers les élans de solidarité d’une majorité.

Cette minorité frustrée est rapidement tombée dans la mire de la désinformation de l’extrême droite, dont la genèse est trop souvent russe, les champions incontestés du mensonge organisé. Et comme les réseaux sociaux fonctionnent sur l’engagement, laissez-moi vous dire qu’il n’y a rien de plus engagé qu’un conspirationniste frustré.

À l’époque, je me posais une question : pourquoi les plus hostiles aux confinements devenaient-ils soudainement anti-vaccins ? Il me semble que ça aurait dû être les premiers à vouloir un antidote pour sortir de cette foutue pandémie.

La réponse est simple : les algorithmes. Ils transforment une irritation passagère en obsession permanente. Ce qui, au départ, était juste une frustration de de pas pouvoir aller prendre une grosse 50 au billard avec les chums, est devenu un rejet complet de la science, des médias et de toute forme de nuance. Leur fil social s’est transformé en marécage de fausses informations et de théories du complot.

C’est ainsi qu’est née la ferme de soldats numériques de l’extrême droite.

Je sais que ça peut paraître simpliste, mais je suis la trace de ces mouvements depuis plus de dix ans, et croyez-moi, je ne suis pas surpris de lire aujourd’hui les propos de certains Québécois en ligne. L’extrême droite a besoin du mensonge pour faire passer des politiques qui seraient autrement inacceptables pour quiconque a un minimum d’empathie.

Mais à force de dire et de voir des atrocités, il y a une désensibilisation des gestes et des propos de plusieurs.

C’est ainsi que votre voisin rébarbatif au confinement est devenu antivax, pro-convoi, pro-parti conservateur, contre les drag queens, contre la communauté LGBTQ, pro-Trump, et pour la religion catholique, rien de moins.

Je suis encore renversé de voir une ex-militante féministe et environnementaliste faire aujourd’hui l’éloge de Donald Trump, le misogyne en chef. C’est là qu’on voit la puissance de la désinformation.

Et pendant ce temps, chaque fois que je commente quelque chose sur X, je reçois les mêmes insultes, les « gauchiasses », les « merdias », les « wokistes », toujours le même vocabulaire, comme s’ils récitaient un script mal traduit. On peut-tu juste être pour la logique ?

Moi, je regarde ce qui se passe aux États-Unis, et je trouve ça horrible.

Je sais que certains vont trouver mes propos extrêmes, mais l’extrême, c’est ce qui est en train de devenir la norme. Ce qu’on aurait trouvé impensable il y a cinq ans est aujourd’hui banalisé. C’est ça, la vraie tempête parfaite : désinformation, réseaux sociaux, politiciens dépassés, médias complaisants, et une société fatiguée de penser.

Je pense souvent à 1984 d’Orwell, pas pour faire dans la citation facile, mais parce que le monde qu’il décrivait est de plus en plus reconnaissable.

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE

1984 roman de George Orwell
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