Haply Robotics mise sur le toucher pour automatiser les tâches complexes

Steeve Fortin
Par
Steeve Fortin - Éditeur
7 minutes de lecture

Je vais être honnête d’entrée de jeu. Je ne connaissais pas Haply Robotics. Pourtant, j’étais au CES cette année, encore une fois noyé dans un flot de courriels, de démonstrations et d’annonces. Leur message s’est perdu dans la masse, comme ça arrive trop souvent dans ce genre d’événement. Ironiquement, ce sont les équipes de AWS qui m’ont mis en contact avec eux, dans le cadre du Physical AI Fellowship. Une belle découverte, et surtout un rappel que certaines des innovations les plus concrètes en robotique se développent ici, à Montréal.

Le Physical AI Fellowship en bref

Le Physical AI Fellowship est un programme international destiné à accélérer le développement de startups en robotique et en intelligence artificielle appliquée au monde physique. Piloté par AWS, en collaboration avec NVIDIA et MassRobotics, il s’adresse à des entreprises déjà actives sur le marché et présentant un fort potentiel de croissance.

Le programme se déroule sur huit semaines et offre un accompagnement technique spécialisé, notamment avec des experts en IA, ainsi qu’un accès à des ressources importantes, incluant des crédits infonuagiques pouvant atteindre 200 000 dollars et des outils avancés de développement en robotique .

La cohorte 2026 regroupe neuf entreprises sélectionnées à l’échelle internationale, actives dans des secteurs comme l’automatisation industrielle, l’agriculture, la robotique logistique ou encore la téléopération . L’objectif est clair, permettre à ces startups de passer du prototype à des applications concrètes, déployables à grande échelle.

Derrière Haply Robotics, il y a notamment Félix Desourdy, chef de la conception et cofondateur, et Antoine Weill-Duflos, directeur R&D, spécialisé en robotique et en systèmes interactifs. Deux profils très techniques, mais surtout deux gars qui parlent de leur technologie avec un naturel qui tranche avec le discours souvent très formaté du milieu.

Une sensation absente du numérique

Rapidement, la discussion tourne autour d’un constat simple. Dans le monde numérique, on voit et on manipule, mais on ne ressent rien.

« Au fond, un bon contrôleur 3D, ça prend le sens du toucher », explique Félix Desourdy.

Dit comme ça, ça semble évident. Mais dès qu’on creuse un peu, on réalise à quel point c’est une pièce manquante dans tout ce qu’on utilise aujourd’hui.

C’est exactement là que leur technologie prend tout son sens.

« Lorsqu’on touche un objet virtuel, tu ressens non seulement la texture, mais aussi la force de retour », ajoute Desourdy.

Et c’est là que le déclic se fait. Parce que toutes les expériences immersives qu’on connaît ont une limite assez évidente. On passe à travers les objets. L’illusion fonctionne un moment, puis elle casse. Ici, au contraire, un mur devient une contrainte. Un objet a un poids. Une interaction devient crédible.

Du médical à l’industrie

Ce qui surprend encore plus, c’est de voir d’où vient cette technologie. On pourrait penser au jeu vidéo, à la VR, au divertissement. Mais non. À la base, Haply s’inscrit dans le monde médical.

L’équipe a travaillé sur des simulateurs, notamment en neurochirurgie, où chaque geste doit être précis au millimètre.

Le contrôleur haptique de précision Inverse 3

« Il faut être capable de mesurer la dextérité, de savoir si quelqu’un est prêt à opérer », explique Desourdy.

Dans ce contexte, le toucher n’est pas un gadget. C’est un outil essentiel.

Mais rapidement, une réalité s’impose. Le milieu médical avance lentement. Les cycles sont longs, les validations complexes. Pour une startup, ça devient difficile de faire évoluer rapidement la technologie.

Le pivot vers l’industrie s’impose presque naturellement.

Apprendre au robot plutôt que le programmer

Et là, tout devient beaucoup plus concret.

Parce que même aujourd’hui, malgré les avancées en automatisation, une grande partie des tâches en usine repose encore sur l’humain. Pas parce que les robots ne sont pas capables. Parce qu’ils ne ressentent rien.

« Il y a un paquet de tâches où les industriels utilisent encore des humains parce que c’est trop complexe à automatiser », explique Antoine Weill-Duflos.

Des gestes simples, presque instinctifs. Ajuster une pression, aligner une pièce, sentir qu’un élément est mal positionné.

C’est là que leur approche change complètement la logique.

« Tu appuies sur un bouton enregistrer, tu dis à l’opérateur fais-le comme si c’était en vrai », explique Weill-Duflos.

Le système capte tout. Les mouvements, les forces, les ajustements.

« On a toutes ces données enregistrées en millisecondes. Une information très, très précise », ajoute-t-il.

On ne programme plus le robot. On lui montre quoi faire.

Composer avec la latence

À ce moment-là de la discussion, un autre enjeu s’impose rapidement, celui de la latence.

« Notre cas idéal, c’est moins d’une milliseconde », souligne Antoine Weill-Duflos.

Mais la réalité physique rattrape vite la théorie.

« Entre Paris et Montréal, on est plus autour de 30 millisecondes. »

Plutôt que d’attendre une solution parfaite du côté des réseaux, l’équipe adopte une approche plus pragmatique. Une partie du système fonctionne localement, en simulation, pendant que l’autre reste synchronisée avec le réel.

On ne supprime pas la latence. On apprend à composer avec.

Une nouvelle interface pour le 3D

Au fil de la discussion, une vision plus large se dessine. Haply Robotics ne veut pas simplement améliorer un outil existant.

« L’idée, c’est de devenir l’outil de facto. Comme la souris pour le 2D, mais pour le 3D », explique Desourdy.

Aujourd’hui encore, on interagit avec des environnements tridimensionnels à l’aide d’outils conçus pour du 2D. Clavier, souris, écran.

Leur technologie vient combler ce vide.

Les applications sont nombreuses. Industrie, création 3D, formation, éducation.

« Toucher les choses, ça permet un meilleur apprentissage », rappelle Weill-Duflos.

Dans un monde de plus en plus numérique, Haply propose de réintroduire quelque chose de fondamental.

Le contact.

Pas une simulation. Une sensation.

Et à bien y penser, c’est peut-être ça la prochaine grande étape.

https://fr.haply.co

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