Pipi, caca et intelligence artificielle, jusqu’où ira la santé connectée

Steeve Fortin
Par
Steeve Fortin - Éditeur
3 minutes de lecture

En me promenant à l’Eureka Park, l’espace du CES réservé aux startups, j’ai été frappé par le nombre de jeunes entreprises qui s’attaquent à un sujet encore tabou. L’analyse de l’urine et des selles directement dans la toilette.

À défaut d’en choquer certains, l’occasion de « pluguer » pipi et caca dans un titre est rare. Cette fois-ci, elle s’est présentée sur un plateau d’argent. À l’écart des géants de l’industrie, l’Eureka Park du CES sert souvent de baromètre pour repérer les tendances émergentes. Cette année, plusieurs kiosques mettaient de l’avant des dispositifs capables d’observer ce qui se passe dans le bol de toilette et d’en tirer des indicateurs de santé à l’aide de l’intelligence artificielle. L’idée est simple. Transformer un geste quotidien en source de données utiles, sans tests manuels ni manipulation.

Throne, la toilette comme objet connecté discret

Parmi les startups les plus intrigantes, Throne propose un module qui se fixe directement sur la toilette. L’appareil utilise une combinaison de capteurs visuels et sonores pour analyser la fréquence, la forme et certains paramètres liés aux selles et à l’urine. Les données sont ensuite traduites en scores faciles à comprendre dans une application mobile.

  • Le Throne avec sa caméra, son bloc de recharge et son câble USB-C (Photo Throne)

Le positionnement de Throne est clair. Il s’agit d’un produit de bien-être, non médical, qui vise à suivre des tendances plutôt qu’à poser des diagnostics. L’entreprise met aussi de l’avant un discours axé sur la confidentialité, en soulignant que les capteurs sont orientés vers le bas et que les profils peuvent être séparés pour plusieurs utilisateurs dans un même foyer.

Pondo, des signaux biologiques aux scores simplifiés

Juste un peu plus loin, Pondo adopte une approche similaire, mais avec une promesse de simplicité encore plus marquée. Son capteur analyse automatiquement l’urine et les selles, sans contact, et résume le tout en deux indicateurs principaux. Un score de digestion et un score d’hydratation.

Selon la documentation présentée sur place, l’algorithme tient compte de la couleur, de la forme, de la fréquence et de certains motifs observés au fil du temps pour détecter des signes d’inconfort ou de déséquilibre. L’installation se veut rapide et l’appareil se fait discret, un élément clé pour espérer trouver sa place dans la salle de bain.

Caméras, abonnements et acceptabilité

Ces deux produits partagent un avantage important par rapport à d’autres solutions vues ailleurs. Ils n’utilisent pas de cartouches ou de consommables à remplacer. En revanche, comme c’est souvent le cas avec ce type de technologie, l’accès aux analyses détaillées et à l’historique passe par un abonnement.

La grande question demeure donc l’acceptabilité. Les consommateurs sont-ils prêts à payer chaque mois pour qu’un capteur observe leur passage aux toilettes, même si la promesse est celle d’un meilleur suivi de leur santé au quotidien. À l’Eureka Park, les entrepreneurs y croient manifestement. Reste à voir si le public suivra.

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