Les frappes attribuées aux États-Unis et à Israël contre des cibles stratégiques iraniennes ont rapidement été suivies d’une vague d’attaques numériques visant les infrastructures médiatiques et gouvernementales du pays.
Selon Reuters, plusieurs sites d’information iraniens ont été piratés afin d’afficher des messages hostiles au régime. L’application religieuse BadeSaba, téléchargée plus de cinq millions de fois, a été compromise et a diffusé des messages appelant les forces armées à déposer les armes . L’agence note également une chute marquée de la connectivité Internet en Iran à deux reprises durant la journée, ne laissant qu’un accès minimal au réseau pendant plusieurs heures .
De son côté, ZDNet rapporte que l’agence officielle IRNA a confirmé une intrusion informatique après la publication d’un article hostile au régime sur son site en persan . NetBlocks a observé une chute drastique de la connectivité nationale, tombée à 4 %, tandis que des attaques par déni de service distribué rendaient inaccessibles plusieurs plateformes gouvernementales et médiatiques .
Cette synchronisation entre frappes militaires et perturbations numériques illustre l’ouverture d’un second front, celui du cyberespace.
Des infrastructures civiles prises dans l’escalade
La riposte iranienne a aussi eu des répercussions régionales. Amazon Web Services a confirmé qu’un de ses centres de données aux Émirats arabes unis avait été touché par des objets ayant provoqué des étincelles et un incendie, entraînant une coupure temporaire d’alimentation dans une zone de disponibilité . L’entreprise n’a ni confirmé ni infirmé un lien direct avec les frappes .
Même si les autres installations sont demeurées opérationnelles, l’incident rappelle que les centres de données et les infrastructures infonuagiques font désormais partie de l’équation stratégique. Une perturbation localisée peut avoir des effets en cascade sur des services numériques utilisés bien au-delà de la zone de conflit.
L’Iran et l’arme de l’influence numérique
L’activisme cybernétique iranien s’inscrit dans une stratégie plus large. Le Mécanisme de réponse rapide du Canada a documenté en 2025 une opération de « piratage et de divulgation » menée par le groupe Handala, lié aux services de renseignement iraniens . Des renseignements personnels de journalistes d’Iran International ont été publiés en ligne puis amplifiés sur les réseaux sociaux.
Le rapport souligne également que plusieurs robots conversationnels alimentés par l’intelligence artificielle ont relayé ces informations divulguées, facilitant leur diffusion et leur visibilité . Cette dimension démontre que la cyberguerre contemporaine combine sabotage technique et opérations d’influence, brouillant les frontières entre attaque informatique et manipulation de l’information.
De Stuxnet aux centres de données
Ce contexte rappelle l’épisode du virus Stuxnet, découvert en 2010, qui avait saboté des centrifugeuses nucléaires iraniennes. Souvent cité comme l’un des premiers exemples de cyberarme causant des dommages physiques, Stuxnet marquait déjà l’entrée officielle du numérique dans l’arsenal militaire.
Aujourd’hui, la logique s’étend bien au-delà des installations industrielles. Les cibles incluent désormais les médias, les applications grand public, les plateformes d’intelligence artificielle et les centres de données infonuagiques.
Les frappes militaires déclenchent ainsi des ondes de choc numériques immédiates. La guerre ne se limite plus aux territoires physiques. Elle se joue aussi dans les serveurs, les fibres optiques et les algorithmes.
L’escalade entre l’Iran, Israël et les États-Unis confirme que toute opération militaire majeure comporte désormais une dimension cybernétique. Dans un monde hyperconnecté, la résilience des infrastructures numériques devient un enjeu stratégique central, au même titre que la défense du territoire.