ALL IN 2026 : Ottawa veut bâtir l’IA au Canada
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ALL IN 2026 : Ottawa veut bâtir l’IA au Canada

À la conférence ALL IN 2026 à Montréal, le Ministre d'Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique Evan Solomon précise la stratégie d’Ottawa sur l’IA, les centres de données et la souveraineté numérique.

Evan Solomon ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique (photo Steeve Fortin)

L’essentiel en 60 secondes La version complète reste disponible plus bas sur cette même page.

Le gouvernement fédéral veut accélérer considérablement le développement de l’intelligence artificielle au Canada, mais avec une condition : le pays doit conserver davantage de contrôle sur ses infrastructures, sa capacité de calcul et ses données. C’est le message qu’a livré mercredi matin le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, à l’ouverture de ALL IN 2026, au Palais des congrès de Montréal.

Devant les quelque 9 000 participants provenant d’une quarantaine de pays réunis pour l’événement, le ministre a présenté une vision dans laquelle l’IA dépasse largement la question des modèles et des applications. Centres de données, énergie, capacité de calcul, données, capital et partenariats internationaux font désormais partie d’une même stratégie industrielle et de souveraineté numérique.

« Si nous ne construisons pas ici, nous devrons acheter cette capacité à quelqu’un d’autre. Si nous n’innovons pas ici, nous devrons la louer à quelqu’un d’autre. Et si nous n’établissons pas les règles ici, nous devrons suivre celles de quelqu’un d’autre » Evan Solomon

Cette déclaration résume une bonne partie de l’orientation que souhaite donner Ottawa à sa politique en matière d’intelligence artificielle : développer suffisamment d’infrastructures au pays pour éviter que le Canada soit entièrement dépendant de capacités et de décisions prises ailleurs.

Confiance, possibilités et souveraineté

Le discours de Solomon s’articule autour de trois grandes priorités : la confiance, les possibilités économiques et la souveraineté.

Cette dernière notion occupait une place particulièrement importante dans son intervention à Montréal.

Pour le ministre, la souveraineté numérique ne signifie toutefois pas que le Canada doit s’isoler. Elle représente plutôt la capacité de choisir où résident les données, quelles technologies sont utilisées et quelles infrastructures soutiennent les chercheurs et les entreprises canadiennes.

« La souveraineté, ce n’est pas l’isolement. C’est établir des partenariats avec ceux qui partagent nos valeurs » Evan Solomon

Cette approche repose notamment sur le développement d’une capacité de calcul située au Canada et gouvernée au pays.

Solomon a ainsi rappelé le projet fédéral de superordinateur public destiné à l’intelligence artificielle. Le gouvernement prévoit annoncer cet automne les résultats du processus entourant cette infrastructure, qui doit être située au Canada et servir notamment les chercheurs et les innovateurs canadiens.

Ottawa veut également faciliter l’accès à la puissance de calcul pour les entreprises canadiennes. Dans son discours, le ministre a indiqué que l’enveloppe destinée à soutenir cet accès avait été portée à 700 millions de dollars.

Les centres de données deviennent un enjeu stratégique

Cette volonté de souveraineté explique aussi pourquoi Ottawa accorde maintenant autant d’importance aux centres de données.

Le gouvernement reconnaît que le Canada dépend encore largement d’infrastructures et de services situés à l’étranger pour obtenir la capacité de calcul, l’infonuagique et le stockage nécessaires à l’intelligence artificielle.

Construire davantage de capacité au pays permettrait donc d’accroître la résilience du Canada et d’offrir plus d’options aux chercheurs, aux entreprises et aux institutions canadiennes.

Mais cette croissance soulève une autre question : à quelles conditions ces immenses infrastructures doivent-elles être construites?

Le gouvernement fédéral a présenté le 3 septembre les « Principes du Canada pour une exploitation responsable des centres de données », élaborés avec la participation de la Fédération canadienne des municipalités.

Le cadre établit cinq attentes précises. Les projets doivent générer des retombées locales durables, ne pas transférer leurs coûts d’électricité aux consommateurs, réduire leur consommation d’eau et leurs impacts environnementaux, être transparents quant à leurs effets sur les collectivités et procurer une valeur stratégique au Canada.

Le gouvernement fédéral ne décide pas seul de l’implantation de ces installations. Les projets sont soumis aux compétences et aux processus réglementaires provinciaux, territoriaux, municipaux et autochtones. Ottawa cherche donc à établir une norme nationale pouvant servir de référence aux collectivités appelées à évaluer des projets de plus en plus importants et complexes.

Dans son discours à ALL IN, Solomon a insisté sur l’importance de donner aux municipalités des outils lorsqu’elles doivent négocier avec les promoteurs de centres de données.

« Vous ne paierez pas davantage pour votre électricité afin de financer l’innovation de quelqu’un d’autre », a-t-il lancé en expliquant l’un des principes du cadre.

Le message est important. Ottawa veut attirer les investissements massifs nécessaires à l’IA, mais cherche parallèlement à éviter que les besoins énergétiques de ces infrastructures soient refilés aux citoyens ou qu’ils exercent une pression excessive sur les ressources locales.

Le cadre prévoit également une utilisation responsable de l’eau et de l’énergie, des retombées pour les collectivités ainsi que des mécanismes transparents permettant de mesurer les impacts des projets.

Les principes ont obtenu l’appui de plusieurs acteurs majeurs du secteur technologique et des infrastructures numériques, dont Amazon Web Services, Anthropic, Bell, Cohere, Equinix, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, OVHcloud, QScale et TELUS.

Construire, mais construire correctement

Le fil conducteur du discours de Solomon était moins de ralentir le développement de l’intelligence artificielle que d’encadrer la manière dont cette technologie et les infrastructures qui la soutiennent seront développées.

Le ministre reconnaît les préoccupations entourant la sécurité de l’IA et la vitesse à laquelle progressent les modèles. Il a notamment souligné que certains chercheurs à la frontière du développement de l’IA préviennent que les mécanismes de sécurité et la réglementation ne progressent pas aussi rapidement que les capacités technologiques.

Il affirme que le gouvernement prend ces préoccupations au sérieux, mais refuse de présenter le débat comme un simple choix entre accélérer ou arrêter le développement de l’IA.

« Il ne s’agit pas de choisir entre construire ou ne pas construire. Il s’agit de construire correctement, de manière responsable et fiable » Evan Solomon

Pour Solomon, le Canada doit poursuivre simultanément deux objectifs : profiter des avantages potentiels de l’intelligence artificielle et mettre en place des mécanismes suffisamment solides pour réduire les risques.

Cette idée rejoint directement les principes fédéraux sur les centres de données : construire au Canada, mais en imposant des attentes en matière d’énergie, d’eau, de transparence et de retombées économiques.

Des investissements dans les compétences et les entreprises

La stratégie présentée par Solomon ne se limite pas aux infrastructures.

Le ministre a également insisté sur la nécessité de développer les compétences en intelligence artificielle au sein de la population canadienne.

Il a notamment évoqué un programme national gratuit de littératie en IA destiné initialement à un million d’étudiants et à 50 000 enseignants, avant d’être rendu accessible plus largement à la population canadienne.

Le gouvernement prévoit également offrir un agent d’intelligence artificielle aux étudiants du niveau postsecondaire pendant cinq ans et soutenir 90 000 placements professionnels destinés aux jeunes.

Du côté des entreprises, Solomon a rappelé les investissements fédéraux destinés à améliorer l’accès au capital et à accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle, notamment dans les petites et moyennes entreprises.

Selon lui, le véritable test de ces investissements ne sera toutefois pas le montant dépensé par Ottawa.

Il faudra plutôt déterminer si une infirmière, un étudiant, une petite entreprise ou un chercheur peut accomplir quelque chose qu’il ne pouvait pas faire auparavant grâce à ces investissements.

La souveraineté par les alliances

Le gouvernement canadien ne conçoit pas cette souveraineté comme une autonomie technologique complète.

Solomon a insisté à plusieurs reprises sur l’importance de travailler avec des pays considérés comme des partenaires de confiance. L’Allemagne, pays à l’honneur cette année à ALL IN, occupe une place particulière dans cette stratégie.

Le Canada et l’Allemagne ont notamment lancé une alliance sur les technologies souveraines visant la collaboration en intelligence artificielle, en infrastructures numériques, en talents et en commercialisation.

« Aucun pays ne peut bâtir seul », a rappelé Solomon.

Cette phrase illustre une partie du défi auquel fait face le Canada. Ottawa veut réduire certaines dépendances technologiques étrangères sans renoncer aux chaînes d’approvisionnement, aux investissements et aux partenariats internationaux nécessaires au développement de l’IA.

Pour le gouvernement, la souveraineté semble donc davantage signifier disposer d’options et d’une capacité nationale suffisante pour prendre ses propres décisions que chercher à tout développer exclusivement au Canada.

L’infrastructure devient aussi importante que les modèles

Le discours d’Evan Solomon à ALL IN permet surtout de constater un changement dans la façon dont Ottawa aborde l’intelligence artificielle.

La course ne porte plus uniquement sur la recherche, les modèles ou la création de jeunes entreprises. Elle concerne maintenant les infrastructures physiques qui rendent l’IA possible : centres de données, électricité, capacité de calcul, réseaux et stockage des données.

Ces infrastructures deviennent à la fois un enjeu économique et une composante de la souveraineté numérique canadienne.

Ottawa veut donc attirer les investissements et construire rapidement, tout en établissant des règles pour protéger les ressources et les collectivités qui accueilleront ces infrastructures.

Le défi sera de maintenir cet équilibre alors que la demande mondiale en capacité de calcul continue d’augmenter.

Car derrière les ambitions canadiennes en intelligence artificielle se trouve désormais une réalité très physique : pour contrôler davantage son avenir numérique, le Canada devra aussi déterminer où, comment et au bénéfice de qui seront construites les infrastructures qui l’alimentent.

Source: https://www.canada.ca/fr/innovation-sciences-developpement-economique/nouvelles/2026/09/le-gouvernement-du-canada-lance-les-principes-du-canada-pour-une-exploitation-responsable-des-centres-de-donnees.html

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