Voitures connectées : sommes-nous en train de banaliser la surveillance?
Un rapport québécois analyse les risques des voitures connectées pour la vie privée et s’inquiète de la banalisation croissante de la surveillance.
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Nos voitures sont devenues de véritables ordinateurs sur roues. Géolocalisation, vitesse, freinage, caméras, systèmes d’infodivertissement et données provenant du téléphone intelligent : elles peuvent recueillir une quantité impressionnante d’informations.
Dans un nouveau rapport, la Commission de l’éthique en science et en technologie du Québec s’inquiète des conséquences sur la vie privée, la cybersécurité et l’utilisation commerciale de ces données.
Mais elle soulève aussi un phénomène plus large : la banalisation de la surveillance.
Téléphones intelligents, caméras, applications et objets connectés font déjà partie de notre quotidien. Les voitures connectées ajoutent une nouvelle couche à cet environnement.
« Cette érosion de la vie privée conduit donc à une banalisation de la surveillance », constate la Commission.
Et l’argument voulant que nous n’ayons rien à craindre si nous n’avons « rien à cacher » ne tient pas vraiment. Des données qui semblent banales peuvent révéler beaucoup lorsqu’elles sont combinées, notamment nos habitudes, nos déplacements et certains aspects beaucoup plus intimes de notre vie.
La CEST estime qu’une bonification de l’encadrement des véhicules connectés est nécessaire.
Parce qu’au-delà de ce que notre voiture peut faire pour nous, il faut maintenant se demander ce qu’elle sait sur nous, qui peut accéder à ces renseignements et jusqu’à quel point nous sommes en train de nous habituer à être surveillés.
Les véhicules modernes recueillent une quantité croissante de données sur leurs propriétaires, leurs passagers et leurs déplacements. Dans un nouveau rapport, la Commission de l’éthique en science et en technologie du Québec met en lumière des enjeux de vie privée, de surveillance, de cybersécurité et de contrôle des données.

Longtemps considérée comme un espace relativement privé, l’automobile se transforme en véritable « ordinateur sur roues ». Géolocalisation, vitesse, freinage, utilisation des systèmes du véhicule, images captées par les caméras et renseignements provenant du téléphone intelligent peuvent désormais faire partie des données recueillies.
C’est le constat dressé par la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST) dans son nouveau rapport Les risques et enjeux éthiques des véhicules connectés. Adopté le 29 mai 2026 et publié avec un dépôt légal daté d’août, le document vise principalement à dresser une cartographie des risques et enjeux éthiques pour éclairer les décideurs publics.
La question prendra de l’importance. Le rapport cite une estimation de McKinsey selon laquelle 90 % des véhicules vendus dans le monde seront connectés en 2030, comparativement à 50 % en 2024. Un sondage cité par la Commission indique également que 60 % des Canadiens conduisant un véhicule connecté s’inquiètent de la confidentialité de leurs données.
Une voiture qui en sait beaucoup sur nous
Les données de géolocalisation figurent parmi les renseignements les plus sensibles. Elles permettent de connaître la position d’un véhicule en temps réel, mais également de reconstituer son historique de déplacements.
Elles peuvent ainsi révéler les lieux fréquentés et les habitudes d’une personne. Le rapport souligne d’ailleurs que la Commission d’accès à l’information considère que les données de géolocalisation ne peuvent être anonymisées.
Les véhicules peuvent aussi recueillir des informations sur la vitesse, les accélérations et les freinages, le port de la ceinture ou encore l’utilisation de différentes fonctions. Les caméras et autres capteurs peuvent enregistrer des informations sur les occupants et sur ce qui se trouve autour du véhicule.
À cela s’ajoutent les systèmes d’infodivertissement et le téléphone intelligent. Calendrier, contacts, appels, musique, adresses enregistrées et certaines informations provenant d’applications mobiles peuvent s’intégrer à cet écosystème connecté.
Quand la surveillance devient banale
Pour la CEST, le problème dépasse toutefois largement l’automobile.
Les voitures s’ajoutent aux téléphones intelligents, caméras de surveillance, applications mobiles et à la multitude d’objets connectés qui produisent des données sur nos activités. Cette omniprésence peut contribuer à une banalisation de la surveillance.
Cette érosion de la vie privée conduit donc à une banalisation de la surveillance.
Des situations qui auraient autrefois semblé inquiétantes deviennent graduellement normales. Une voiture peut filmer ce qui se passe autour d’elle. Des entreprises peuvent connaître les déplacements d’un véhicule. Des applications et appareils connectés accumulent parallèlement leurs propres renseignements.
Le réflexe est alors parfois de se dire qu’il n’y a pas vraiment de problème lorsqu’on n’a « rien à cacher ». La Commission rappelle toutefois les limites de cet argument. Des renseignements apparemment anodins peuvent devenir beaucoup plus révélateurs lorsqu’ils sont combinés à d’autres données.
La vie privée ne consiste donc pas seulement à cacher des comportements répréhensibles. Elle permet aussi de conserver un contrôle sur les renseignements qui nous concernent et contribue notamment à l’autonomie, à la liberté et à la sécurité des personnes. La Commission rappelle qu’elle constitue un droit fondamental.
Cette question prend une autre dimension lorsque la surveillance influence les comportements. Le rapport souligne que le sentiment d’être observé peut avoir un effet dissuasif sur l’expression d’opinions, la participation à des rassemblements ou la contestation des autorités.
Des données qui intéressent les assureurs
La valeur commerciale des données constitue un autre enjeu important.
Le rapport rappelle le cas de General Motors et de son service OnStar aux États-Unis. Des données recueillies auprès de propriétaires de véhicules ont été transmises à des entreprises d’analyse de risques, qui vendaient ensuite leurs analyses à des assureurs. Certains automobilistes ont vu leurs primes augmenter.
Dans la foulée de cette affaire, la Federal Trade Commission a interdit à General Motors et OnStar de vendre ou de partager certaines données pendant cinq ans. General Motors a également accepté en mai 2026 un règlement de 12,5 millions de dollars américains, selon les informations citées dans le rapport.
Les données de conduite présentent un intérêt évident pour les assureurs. Elles peuvent permettre d’établir un profil en fonction des accélérations, des freinages, des heures de conduite ou d’autres comportements au volant.
Le rapport met ainsi en évidence une question fondamentale : jusqu’où devrait aller la personnalisation des assurances à partir de données recueillies directement par les véhicules?
Le consentement ne règle pas tout
Les politiques de confidentialité et les mécanismes de consentement ne suffisent pas nécessairement à protéger les utilisateurs.
Au Québec, une entreprise doit obtenir un consentement avant de recueillir et d’utiliser des renseignements personnels. Ce consentement doit notamment être manifeste, libre, éclairé, spécifique et temporaire.
Dans un véhicule moderne, l’exercice devient toutefois complexe. Plusieurs acteurs peuvent intervenir dans la collecte et le traitement des données : constructeurs automobiles, fournisseurs de logiciels, entreprises technologiques, services infonuagiques, assureurs et autres partenaires.
Les véhicules de location et d’autopartage ajoutent un autre risque. Des renseignements personnels peuvent demeurer enregistrés dans le système d’infodivertissement après l’utilisation du véhicule, notamment des adresses ou un historique d’appels.
Piratage, police et sécurité nationale
La cybersécurité fait également partie des préoccupations soulevées par la Commission. Plus une voiture possède de systèmes connectés, plus les possibilités d’accès à distance et de circulation des données se multiplient.
Les informations volées peuvent notamment servir au profilage, à la fraude ou à l’usurpation d’identité.
La CEST s’intéresse aussi à l’accès aux données automobiles par les services policiers. Les données de géolocalisation et celles provenant des capteurs peuvent évidemment être utiles dans une enquête, mais elles augmentent également les capacités de surveillance.
Les risques dépassent même la vie privée individuelle. Dans le cas d’une flotte gouvernementale, l’analyse des déplacements des véhicules pourrait permettre de tirer des conclusions sur les activités d’une organisation publique.
La Commission soulève ainsi des questions de souveraineté des données et de sécurité nationale, notamment sur l’endroit où les renseignements sont stockés et les organisations qui peuvent y avoir accès.
Un encadrement à revoir
La CEST ne formule pas encore une liste définitive de recommandations. Ce rapport vise d’abord à cartographier les enjeux et à servir de base à de futurs travaux.
La Commission estime néanmoins qu’une bonification de l’encadrement est nécessaire. La tâche s’annonce complexe puisque le véhicule connecté se trouve à la rencontre de plusieurs industries et implique un grand nombre d’acteurs.
Elle juge également nécessaire de poursuivre les recherches sur les bénéfices réels de ces technologies, notamment en matière de sécurité, ainsi que sur leurs conséquences environnementales.
La voiture connectée offre des fonctions utiles qui auraient été difficiles à imaginer il y a quelques années. Mais elle illustre aussi une transformation beaucoup plus large de notre quotidien.
À mesure que les caméras, capteurs, téléphones intelligents, applications et objets connectés se multiplient, la question n’est plus seulement de savoir quelles données sont recueillies. Il faut aussi se demander jusqu’à quel point nous sommes en train de nous habituer à être constamment observés.
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