Quand vos objets connectés travaillent pour les cybercriminels
Les cybercriminels peuvent détourner certains objets connectés afin de créer des botnets ou des réseaux de proxys résidentiels, souvent à l'insu de leurs propriétaires.
Lorsqu'un pirate informatique prend le contrôle d'un objet connecté, son objectif n'est pas toujours de voler les données de son propriétaire. Dans bien des cas, ce qui l'intéresse est beaucoup plus simple : utiliser discrètement l'appareil pour générer des revenus ou participer à des cyberattaques. Caméras, téléviseurs, routeurs ou boîtiers Android peuvent ainsi devenir des outils au service d'activités criminelles, parfois sans que leur propriétaire ne s'en rende compte.
Les cybercriminels ne recherchent pas toujours vos renseignements personnels
Lorsque l'on pense au piratage informatique, on imagine souvent un vol de mots de passe ou de renseignements bancaires. Pourtant, de nombreux appareils connectés n'ont pratiquement aucune donnée intéressante à dérober.
Une caméra de surveillance, un téléviseur intelligent ou une prise connectée possèdent toutefois une autre valeur : ils disposent d'une connexion Internet résidentielle, d'un processeur, d'une adresse IP et demeurent branchés en permanence. Pour un cybercriminel, cela représente une ressource informatique gratuite.
Une armée de machines à travers le monde
Pris individuellement, un objet connecté possède peu de valeur. Des centaines de milliers d'appareils compromis racontent toutefois une tout autre histoire. Les spécialistes parlent alors de botnets, des réseaux d'appareils infectés qui reçoivent des instructions à distance.
Leurs propriétaires continuent généralement d'utiliser leurs appareils normalement, sans savoir qu'ils participent parfois à une activité criminelle.
Au fil des années, plusieurs attaques par déni de service distribué (DDoS) parmi les plus importantes ont été menées à l'aide de vastes botnets composés notamment de caméras IP, de routeurs et d'autres objets connectés insuffisamment protégés. Dans ce type d'attaque, des centaines de milliers d'appareils envoient simultanément des requêtes vers un même serveur afin de le rendre inaccessible.
Quand une connexion Internet devient un produit
Les botnets ne sont plus les seuls moyens de rentabiliser des objets connectés compromis. Les connexions Internet résidentielles sont elles aussi devenues une ressource recherchée.

Une adresse IP provenant d'un foyer inspire généralement davantage confiance que celle d'un centre de données. Elle peut donc servir à masquer certaines activités, à contourner des restrictions géographiques ou à alimenter des réseaux de proxys résidentiels utilisés à diverses fins. Dans ce modèle, le cybercriminel ne cherche pas à voler les données de la victime. Il exploite simplement sa connexion Internet.
L'histoire d'un simple boîtier Android
Cette réalité est illustrée par une enquête récemment popularisée par la chaîne spécialisée Underscore, qui reprend notamment les travaux de chercheurs en cybersécurité.
Tout commence lorsqu'une spécialiste en technologie remarque que la connexion Internet de son père est devenue anormalement lente depuis l'installation d'un nouveau boîtier Android permettant d'accéder à des contenus télévisés. Curieuse, elle branche l'appareil sur un réseau isolé afin d'observer son comportement.
Elle constate rapidement que le boîtier communique avec de nombreux serveurs distants, télécharge des applications sans intervention de l'utilisateur et multiplie les requêtes sur le réseau local afin d'identifier les autres appareils connectés.
Au fil de son enquête, les indices s'accumulent et laissent croire que certains de ces appareils auraient pu être utilisés comme proxys résidentiels à l'insu de leurs propriétaires. L'enquête rappelle toutefois qu'il ne s'agit pas d'un comportement associé à tous les boîtiers Android ou IPTV, mais bien à certains appareils compromis ou modifiés.
Pourquoi les objets connectés sont des cibles idéales
Contrairement à un ordinateur, un objet connecté attire rarement l'attention. Une fois installé, il peut fonctionner pendant des années sans que son propriétaire consulte les paramètres de sécurité ou vérifie si des mises à jour sont disponibles.
Certains fabricants abandonnent également leurs produits après seulement quelques années, laissant des appareils toujours connectés à Internet, mais qui ne reçoivent plus de correctifs de sécurité.
Pour les cybercriminels, ces appareils représentent des cibles particulièrement intéressantes : ils sont nombreux, souvent oubliés et demeurent alimentés jour et nuit.
La sécurité commence avant l'achat
Tous les objets connectés ne présentent évidemment pas les mêmes risques. Les fabricants qui publient régulièrement des mises à jour de sécurité, documentent leurs pratiques et offrent un suivi logiciel sur plusieurs années réduisent considérablement les risques.
À l'inverse, les appareils vendus à très bas prix, dont le fabricant est peu connu ou dont le logiciel n'est jamais mis à jour, méritent une attention particulière. Au moment de choisir un objet connecté, le prix ne devrait donc pas être le seul critère. La qualité du suivi logiciel est tout aussi importante que les fonctions offertes.

Bien que la majorité des objets connectés remplissent exactement le rôle pour lequel ils ont été conçus, aucun appareil connecté n'est à l'abri d'une vulnérabilité ou d'un logiciel malveillant.
Le plus préoccupant est que ces appareils continuent généralement de fonctionner normalement. Une ampoule intelligente continue d'éclairer. Une caméra poursuit son enregistrement. Un téléviseur diffuse toujours vos émissions préférées. Dans certains cas, comme certains boîtiers Android compromis, un ralentissement ou des saccades peuvent trahir une activité inhabituelle, mais la plupart du temps, rien ne permet au propriétaire de soupçonner que son appareil est utilisé à d'autres fins.
Lorsqu'un objet connecté est détourné, ce ne sont pas nécessairement vos renseignements personnels qui intéressent les cybercriminels. Ce qu'ils recherchent, c'est votre connexion Internet, votre adresse IP et les ressources de votre appareil pour alimenter des botnets, des réseaux de proxys résidentiels ou d'autres activités criminelles, à votre insu.
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