Comment les objets connectés sont devenus des machines à collecter des données
Les objets connectés recueillent une quantité grandissante de données qui servent autant à personnaliser les services qu'à alimenter l'économie de l'intelligence artificielle.
Le téléviseur du salon sait ce que vous regardez. L'aspirateur robot connaît la configuration de votre maison. Une friteuse intelligente peut demander votre localisation et votre date de naissance. Quant aux nouvelles toilettes connectées, elles promettent d'analyser votre urine et vos selles. Derrière ces appareils se cache une réalité méconnue : les données qu'ils recueillent sont devenues une ressource de grande valeur.
Pendant longtemps, la collecte de données servait principalement à personnaliser la publicité. Avec l'essor de l'intelligence artificielle, ces renseignements alimentent désormais le développement de nouveaux services, l'entraînement de modèles d'IA et, dans certains cas, de nouvelles sources de revenus pour les entreprises.
La maison intelligente produit des données en continu
On estime aujourd'hui à plus de 19 milliards le nombre d'objets connectés en service dans le monde. Téléviseurs, aspirateurs robots, thermostats, caméras de surveillance, sonnettes vidéo, électroménagers et même certains appareils destinés aux animaux domestiques communiquent désormais avec Internet. Pour fonctionner, ces appareils transmettent une multitude d'informations. Certaines sont essentielles, comme l'état de l'appareil ou les journaux de diagnostic permettant de corriger des bogues. D'autres servent à améliorer les produits en comprenant la façon dont ils sont utilisés. Mais une partie de ces données possède également une valeur commerciale.
Votre téléviseur sait beaucoup plus que vous ne le pensez
L'exemple des téléviseurs intelligents illustre bien cette évolution. La plupart des modèles récents intègrent une technologie appelée Automated Content Recognition (ACR).
Contrairement aux plateformes de diffusion comme Netflix, qui savent naturellement ce que vous regardez sur leur propre service, l'ACR fonctionne directement dans le téléviseur. Il peut reconnaître pratiquement tout ce qui apparaît à l'écran, qu'il s'agisse d'un film sur Blu-ray, d'une vidéo provenant d'un serveur domestique ou d'un service de diffusion en continu.
Ces informations servent notamment à établir un profil des habitudes de visionnement et à personnaliser la publicité. Cette fonction est souvent activée par défaut sur les téléviseurs intelligents récents.

La bonne nouvelle est qu'il est généralement possible de la désactiver. Le réglage est toutefois rarement mis en évidence et peut porter un nom différent selon le fabricant. Il faut souvent parcourir les paramètres de confidentialité ou les options avancées du téléviseur pour le trouver.
Comment désactiver la fonctionnalité ACR de votre téléviseur (Consummer Reports en anglais)
Quand votre maison devient une source d'information
Les téléviseurs ne sont qu'un exemple. Les aspirateurs robots les plus avancés créent une cartographie détaillée du domicile afin d'optimiser leurs déplacements. Certains modèles utilisent également une caméra pour reconnaître les objets qui se trouvent sur leur passage.

Des images captées lors du développement d'un appareil se sont d'ailleurs retrouvées diffusées à l'extérieur de l'entreprise responsable, rappelant que ces données peuvent parfois circuler bien au-delà du domicile. Les caméras intelligentes peuvent reconnaître des personnes, des animaux ou des colis. Les assistants vocaux demeurent à l'écoute de leur mot d'activation. Les thermostats apprennent les habitudes de présence des occupants afin d'ajuster automatiquement la température. Individuellement, chacune de ces informations peut sembler anodine. Ensemble, elles dressent toutefois un portrait détaillé du quotidien d'un foyer.
Même les appareils de cuisine ne sont pas épargnés
L'Internet des objets ne se limite plus aux appareils électroniques. Une enquête menée par l'organisme britannique Which? a révélé que les applications associées à certains modèles de friteuses à air connectées demandaient des renseignements qui semblaient dépasser leurs besoins fonctionnels, notamment l'accès au microphone, à la localisation, ainsi qu'à des informations personnelles comme le genre ou la date de naissance. Les chercheurs ont également constaté que certaines applications indiquaient transmettre des données vers des serveurs situés en Chine, conformément à leur politique de confidentialité. Les conclusions portent toutefois sur des modèles précis et ne concernent pas l'ensemble des appareils du marché.
Ces exemples illustrent une tendance grandissante : de nombreux objets du quotidien deviennent également des plateformes de collecte de données.
L'intelligence artificielle change la valeur des données
Pendant des années, les renseignements recueillis par les objets connectés servaient principalement à mieux cibler la publicité. L'arrivée de l'intelligence artificielle ouvre toutefois de nouvelles possibilités. Les données peuvent désormais servir à entraîner des modèles d'IA, à développer de nouveaux services ou à être intégrées à des ensembles de données spécialisés. Un exemple récent illustre cette évolution.
L'application PoopCheck, qui propose d'analyser les selles à l'aide de l'intelligence artificielle afin d'évaluer la santé digestive, a constitué une base de données de plus de 150 000 images fournies par ses utilisateurs. Une enquête de 404 Media a révélé que l'entreprise proposait ensuite ces données annotées à la vente afin de soutenir l'entraînement de modèles d'intelligence artificielle. Les conditions d'utilisation de l'application prévoyaient d'ailleurs une licence très large permettant notamment l'exploitation commerciale de ces données.

Même lorsque les données sont anonymisées, plusieurs chercheurs rappellent qu'il peut être possible de recouper différents ensembles de données pour réidentifier certaines personnes dans des circonstances particulières.
Une nouvelle économie des données
Les objets connectés promettent de simplifier le quotidien. Mais ils participent aussi à une économie où les données sont devenues une matière première.
Chaque appareil raconte une partie de notre quotidien : ce que nous regardons, les heures où nous sommes à la maison, la façon dont nous utilisons nos appareils ou, dans certains cas, certaines informations sur notre santé. Individuellement, ces renseignements ont peu de valeur. Ensemble, ils représentent une ressource que de nombreuses entreprises cherchent désormais à exploiter.
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