Dépendance aux réseaux sociaux : 18 milliards $ US pour Meta, des limites pour les ados
Meta versera environ 18 milliards $ US et imposera de nouvelles limites sur Facebook et Instagram afin de mieux protéger les adolescents.
Meta va imposer de nouvelles limites importantes aux adolescents qui utilisent Facebook et Instagram aux États-Unis. Dans le cadre d'une entente avec 52 procureurs généraux américains, l'entreprise accepte non seulement de verser environ 18 milliards $ US, mais surtout de modifier plusieurs mécanismes de ses plateformes qui contribuent à retenir l'attention des jeunes.
Pour moi, cette nouvelle a un air de déjà-vu.
En octobre 2024, j'écrivais sur MinuteTech que les réseaux sociaux étaient devenus de redoutables machines à capter et retenir l'attention des jeunes. Je reprenais alors un parallèle que j'avais déjà fait en 2023 en qualifiant les réseaux sociaux de « tabac du 21e siècle ».
Deux ans plus tard, Meta accepte de modifier plusieurs des mécanismes qui étaient justement au cœur de ces inquiétudes.
Deux heures par jour, mais pas seulement
Sous réserve de l'approbation du tribunal, les nouvelles protections s'appliqueront automatiquement aux moins de 18 ans dans les États et territoires américains participant à l'entente.
La limite quotidienne de deux heures est probablement la mesure qui attirera le plus l'attention, mais l'entente va beaucoup plus loin. Meta prévoit notamment :
- Une limite de deux heures par jour par défaut sur Facebook et Instagram combinés. Seul un parent pourra désactiver cette limite.
- Un mode nuit de minuit à 6 h, qui bloquera notamment l'accès au fil, aux Stories, à Explore et aux Reels. La messagerie demeurera accessible.
- Des notifications coupées pendant les heures de classe, de 8 h à 15 h, sauf notamment pour les messages directs et certaines alertes liées à la sécurité du compte.
- Des rappels après 15 minutes d'utilisation continue, puis lorsque l'adolescent atteint 60 et 90 minutes d'utilisation quotidienne.
- La possibilité d'utiliser un fil non algorithmique par défaut, plutôt qu'un fil personnalisé par les systèmes de recommandation de Meta. Les parents pourront imposer ce réglage.
- La possibilité de désactiver la lecture automatique, afin que les contenus ne s'enchaînent plus automatiquement.
- Les mentions « j'aime » et les réactions masquées par défaut, autant sur les publications de l'adolescent que sur celles des autres utilisateurs.
- Des contrôles parentaux renforcés, notamment pour informer les parents de l'utilisation de comptes secondaires et de certaines modifications aux réglages de protection.
- Une vérification de l'âge renforcée, afin de mieux détecter les comptes qui pourraient appartenir à des enfants de moins de 13 ans ainsi que ceux d'adolescents qui indiquent être adultes.
Ces mesures touchent directement plusieurs mécanismes qui permettent aux réseaux sociaux de retenir l'attention.
Dans mon texte d'octobre 2024, je m'inquiétais justement de la manière dont les algorithmes et les mécanismes de gratification pouvaient favoriser une utilisation compulsive des réseaux sociaux chez les jeunes. Les mentions « j'aime », les vues, les commentaires et l'arrivée constante de nouveaux contenus constituent autant de petites récompenses qui incitent à poursuivre l'utilisation.
Meta veut entraîner TikTok et YouTube
Meta présente pour sa part l'entente comme l'occasion d'établir une nouvelle norme pour l'ensemble de l'industrie. L'entreprise demande maintenant à TikTok et YouTube d'adopter des mesures similaires, faisant valoir que les adolescents passent constamment d'une application à une autre.
L'enjeu financier est d'ailleurs directement lié à cette volonté.
Selon Meta, l'entente prévoit des paiements d'environ 18 milliards $ US sur une période de dix ans. Environ 12,7 milliards seraient versés aux États participants, tandis qu'une tranche supplémentaire d'environ 5,3 milliards est conditionnelle. Son versement dépend notamment de l'adoption par TikTok et YouTube d'une limite quotidienne d'une heure, d'un mode nuit et de mesures de vérification de l'âge, ainsi que de paiements de ces entreprises.
Si TikTok et YouTube adhèrent au cadre, certaines restrictions imposées à Meta deviendraient elles aussi plus sévères. La limite quotidienne passerait alors à une heure par application, tandis que le mode nuit serait étendu de 22 h à 7 h.
Des mesures limitées aux États-Unis
Il faut toutefois apporter une nuance importante pour les lecteurs québécois. Ces nouvelles mesures concernent uniquement les adolescents des États et territoires américains participant à l'entente. Elles ne s'appliqueront donc pas au Québec.
L'accord précise d'ailleurs qu'il ne crée aucun précédent dans les autres juridictions internationales.
La majorité des dispositions devront demeurer en vigueur pendant dix ans. Les engagements concernant la limite quotidienne et le mode nuit sont initialement prévus pour cinq ans, mais seraient prolongés à dix ans si d'autres acteurs de l'industrie adhèrent au cadre.
Un auditeur indépendant devra également vérifier chaque année, pendant cinq ans, si Meta respecte les conditions de l'entente. Une fondation indépendante consacrée à la recherche sur les réseaux sociaux doit aussi être créée. Meta prévoit de lui fournir des données d'utilisateurs ayant donné leur consentement afin de permettre des recherches sur le bien-être des adolescents.
En octobre 2024, je me demandais jusqu'à quel point les gouvernements pourraient réellement contraindre les géants du Web à modifier leurs pratiques. Deux ans plus tard, cette entente américaine apporte au moins un début de réponse.
Elle ne réglera évidemment pas à elle seule le problème de la dépendance aux réseaux sociaux chez les jeunes. Mais lorsque Meta accepte de limiter le temps d'utilisation, les notifications, les recommandations algorithmiques et certaines formes de gratification sociale chez les adolescents, le débat ne porte plus uniquement sur la responsabilité des parents ou sur la capacité des jeunes à déposer leur téléphone.
Il porte aussi sur la façon dont ces plateformes ont été conçues.
À lire

Source : Communiqué de presse de Meta

Commentaires