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Quand l’IA transforme la propagande politique en usine

En 2018, les mèmes transformaient déjà la politique québécoise. En 2026, l’intelligence artificielle permet d’industrialiser la propagande.

Quand l’IA transforme la propagande politique en usine

En novembre 2018, quelques semaines après l’élection provinciale, je publiais dans Le Quotidien une chronique intitulée « Quand une image vaut 1000 maux ». Je m’intéressais alors à un phénomène relativement nouveau dans la politique québécoise : le mème politique.

Quelques mots sur une image, une citation sortie de son contexte, une photo peu flatteuse d’un adversaire et un message suffisamment provocateur pour donner envie de le partager.

Exemple de mème politique diffusé lors de la campagne électorale québécoise de 2018, après la déclaration de Philippe Couillard sur le coût de l’alimentation d’une famille.

Huit ans plus tard, le mème semble presque artisanal.

Avec l’intelligence artificielle, quelques instructions suffisent maintenant pour produire un texte, une image, une imitation de voix ou une vidéo. Surtout, on peut générer des dizaines de variantes d’un même message en quelques minutes.

La propagande n’est pas nouvelle. L’IA vient simplement d’en faire chuter radicalement le coût de production.

Une mécanique déjà visible au Québec

Québec Fier illustrait déjà cette mécanique avant l’arrivée de l’IA générative.

En 2022, Radio-Canada avait recensé 65 publications identiques diffusées par Québec Fier et le Parti conservateur du Québec depuis avril 2021, parfois à seulement quelques minutes d’intervalle. Québec Fier niait toute coordination avec le parti, mais plusieurs chercheurs interrogés par Radio-Canada soulignaient la proximité évidente entre les contenus.

Le modèle était simple : suivre l’actualité, retenir l’angle qui suscite le plus de réactions, produire du contenu facile à comprendre et le faire circuler massivement.

Avec l’IA, cette recette peut maintenant être reproduite à une vitesse sans précédent.

L’armée numérique

Le PCQ possède aujourd’hui une communauté particulièrement active sur les réseaux sociaux. Plusieurs de ses partisans maîtrisent très bien les codes du Web : images percutantes, messages courts, répétition et mobilisation rapide autour de quelques thèmes.

Cela ne veut évidemment pas dire que tout contenu provenant du PCQ est de la désinformation.

Mais une partie de cet écosystème s’est construite autour des mouvements de contestation de la pandémie, où circulaient énormément de contenus faux, trompeurs ou conspirationnistes.

Et le phénomène dépasse le PCQ.

Paul St-Pierre Plamondon semble lui aussi parfois adopter les codes de X : réactions rapides, formules très tranchées et sujets capables de déclencher immédiatement une bataille numérique. Cela ne rend pas ses propos faux pour autant. Cela montre plutôt à quel point les réseaux sociaux finissent par influencer la manière même de faire de la politique.

L’angle mort des publications gratuites

Il existe aussi un angle mort important dans cette nouvelle machine de propagande.

Lorsqu’un parti ou une organisation achète de la publicité politique sur Meta, la publicité doit être identifiée et il est possible d’en retrouver la trace dans les outils de transparence de la plateforme. Les dépenses électorales des partis sont également encadrées au Québec.

Mais un partisan qui publie gratuitement sur Facebook, Instagram ou X se trouve dans une situation différente. Élections Québec précise qu’une publication gratuite sur les médias sociaux n’est généralement pas considérée comme une dépense électorale. Un citoyen peut donc exprimer et diffuser ses opinions partisanes sans que chaque publication soit comptabilisée dans les dépenses d’un parti.

C’est là que l’IA prend une nouvelle dimension. Un compte, parfois anonyme, peut maintenant produire une quantité considérable d’images et de textes politiques à presque aucun coût, puis les diffuser sans les mêmes obligations de transparence financière qu’une publicité payante.

On connaît celui qui paie pour une publicité politique. Il devient beaucoup plus difficile de savoir qui se cache derrière une série de publications gratuites, pourquoi elles sont produites et si plusieurs comptes agissent réellement de façon indépendante.

Des algorithmes qui aiment la colère

Le problème est que les réseaux sociaux récompensent exactement ce genre de contenu. La colère génère des réactions. L’indignation génère des commentaires. La polarisation génère des partages.

Et tout cela génère de l’argent.

Au Canada, Facebook et Instagram ont en plus cessé d’afficher les nouvelles des médias depuis 2023. Une publication militante, une image générée par IA ou un long texte politique peuvent donc circuler librement, pendant que l’article d’un média qui vérifie les mêmes affirmations demeure inaccessible sur ces plateformes.

En 2018, je m’inquiétais qu’une simple image contenant quelques mots puisse détourner l’attention des véritables enjeux d’une campagne. En 2026, cette même image peut être générée en quelques secondes, déclinée en 30 versions et accompagnée de textes adaptés à différents publics.

Le mensonge a toujours voyagé plus vite que sa correction.

Nous venons simplement de lui offrir un moteur beaucoup plus puissant.

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